Bernard Bianchi, fondateur d’Iriscop | une vie en collectif

On le connaît tous, Bernard.

Il est de tous les tours de tables, avec sa figure souriante et rassurante. De toutes les initiatives aussi, dans le monde de l’Économie Sociale et Solidaire. De tous les collectifs, de tous les réseaux : une fibre naturelle chez lui.

On l’a tous côtoyé, pendant des années. Mais voilà qu’il se retire. Qu’il prend du large, de la distance. C’est le moment de la retraite, parait-il. Entretien avec un militant de toujours.

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Juin 2020. Saint-Léon-Sur-Vézère (24). Bernard nous reçoit chez lui, avec un café.

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Correspondances : Pourrais-tu, en quelques mots, nous balayer ton parcours professionnel ?

Bernard Bianchi : J’ai fait un Bac E, maths et sciences, à Marseille, puis je suis allé dans une école d’ingénieur, à Lyon. J’y ai appris à jouer au baby foot, mais c’est tout. Je n’ai pas tenu. Après j’ai fait l’IUT d’Aix, en informatique de Gestion. J’ai travaillé 6 mois dans une boite d’informatique. Ils voulaient me garder mais je suis parti en courant. Je ne voulais pas travailler. Je faisais des photos, dans les boites de nuits et sur les plages, l’été.

J’ai eu mon DUT en 77.
En 80, je suis rentré à l’Aérospatiale, à Airbus hélicoptères. J’y ai fait de l’informatique scientifique pendant une dizaine d’années. C’était l’époque où on mettait au point l’hélicoptère militaire Tigre. J’ai travaillé sur un logiciel qui calcule la position de la cible au moment où l’obus l’atteindra. J’écrivais les programmes pour ce logiciel, ainsi que pour des simulateurs de vol, toujours pour le Tigre. Ensuite, j’ai demandé à changer de poste, alors je suis devenu contrôleur de gestion. Au début je gérais un service, puis tout un Département, et à la fin toute la Direction des prototypes d’hélicoptères. 320 personnes et des milliards de budget.

En parallèle, je suis devenu Délégué du personnel, à Force Ouvrière. Il y a eu une période où je n’ai fait que ça : délégué du personnel à 100 %. Sur un tout le bureau d’études, un secteur de 1400 personnes. Alors j’ai eu affaire aux grands patrons. Ces gens là, ils se prennent pour des seigneurs, tout le monde tremble devant eux. Et de cette période, je retiens qu’il y a peu de résistants.

En 95, j’avais 15 ans de boite. Il y a eu un plan social. J’ai négocié un licenciement économique, et j’ai quitté Airbus. Je suis allé m’installer dans les Pyrénées orientales, où vivait ma sœur. J’ai essayé d’y monter des chambres d’hôtes mais ça n’a pas marché. Je suis resté là-bas pendant 6 ans, j’y ai un peu végété, fait des petits boulots. On vivait dans un mas, on faisait des bœufs sans arrêt, des grosses bringues, des grillades.

Puis ma copine m’a quitté et j’ai atterri à Dhagpo en 2001. J’y suis resté trois ans. J’y ai rencontré Maryline, la mère de notre enfant. Quand j’ai su qu’elle était enceinte, j’ai quitté Dhagpo pour vivre avec elle. Quand Sami est né, on est restés encore deux ans et demi ensemble, puis on s’est séparés.

J’ai monté DHANA, l’association de service à la personne, à Montignac. Mais au moment où ça allait démarrer, mon père m’a demandé d’accompagner ma mère, en fin de vie à la maison. Ça a duré deux ans. Elle est décédée chez elle, et c’est une fierté pour nous.

Après je suis revenu vivre ici, y avait plus de place pour moi chez DHANA. C’est là que Cédric Serpeau m’a proposé de monter une coopérative d’activité et d’emploi (CAE).
En 2012, on a créé une association : Lou Pétrocores Action Collective. Elle portait le projet d’Iriscop, un projet de Tiers-lieux, ainsi qu’un projet de réseau social local : Tam-tam Vézère.

Iriscop est née et je l’ai porté tout en étant au RSA et aux Restos du cœur.

Iriscop est née et je l’ai porté tout en étant au RSA et aux Restos du cœur. J’y faisais tout, gestion, compta, accueil des coopérateurs, contrats, administratif. Et puis ça s’est développé. Quand j’ai pris ma retraite, nous étions 40.

Tu peux nous rappeler ce que c’est qu’une CAE ?

Une CAE c’est une coopérative qui propose à des créateurs d’activités le statut d’entrepreneurs salariés. En tant qu’entrepreneurs, ils développent leur propre activité, mais sous couvert du Siret de la coopérative. Et puis leur chiffre d’affaires leur est versé sous forme de salaires. Il y a 130 à 150 CAE en France. Le statut d’entrepreneur salarié est un statut unique en Europe.

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Entre deux averses et les yeux un peu éblouis par le décor, on marche jusqu’à Dhagpo Kyagu Ling, Centre d’études et de méditation Bouddhiques. Retour sur son parcours professionnel, mais pas seulement.

Quelle est la genèse d’Iriscop, comment est-elle née ?

En Périgord Noir, il y avait l’Espace Économie Emploi, où travaillait un gars très dynamique, François Vidille. Il y avait les demies journées de la création d’entreprise, et un petit journal qui avait parlé des CAE, de ce que c’était, de comment on pouvait en créer. Et puis Cédric en avait entendu parler à l’émission Carnets de campagne, sur France Inter.

Sur ce petit journal il y avait également deux numéros de téléphone. Celui de Fabrice Lamotte, de l’Espace Économique du Conseil départemental, et celui de Christophe Bellec de la coopérative Oxalis en Haute-Vienne. Nous avons rencontré Oxalis à trois reprises, ils nous ont tout expliqué. Lorsque Christophe Bellec nous a senti prêts, il nous a invités à rencontrer Henri Cachot, qui suivait la naissance des CAE pour le réseau Copéa. Il est venu ici trois ou quatre fois, nous a expliqué les ficelles de la compta et nous a initiés aux logiciels de gestion sur lesquels il travaillait.

La Conseillère départementale Mireille Volpato cherchait des projets tests pour aider les gens au RSA à créer leur entreprise. Elle pensait, elle aussi, qu’une CAE était un bon outil. Et beaucoup de gens étaient intéressés par le fait de ne pas s’occuper des démarches administratives, ne pas gérer leur comptabilité, d’être dans un réseau solidaire, de bénéficier de synergies entre métiers.

Alors, nous avons organisé des réunions d’information, d’abord en Périgord Noir, puis en Périgord Vert. Peu de gens connaissaient le concept. Il n’est d’ailleurs toujours pas très connu.

Et puis Bernard Plessy est devenu cogérant, et a pu convaincre des élus du Périgord Vert de nous soutenir. Anna Matard nous a rejoint, en élaborant un programme ambitieux de formations. Alors, on a de plus en plus parlé d’Iriscop. Nous avons été associés aux problématiques de territoire en Périgord Vert. Nous nous sommes développés.

À force, on est devenus plus professionnels. Ça a donné confiance à la Région, qui nous a soutenu, et nous a permis d’obtenir des soutiens de l’Europe. Les CAE ne fonctionnent pas sans subvention. Elles ont besoin, en moyenne au démarrage de 80 % d’aides publiques, et ça ne descend presque jamais en dessous de 25 %, à l’exception d’Oxalis, qui fonctionne avec 3 % d’aides publiques, après 30 ans d’existence.

Quelles sont les grandes difficultés que vous avez rencontrées ?

Des barrages politiques et administratifs, des personnes qui, pour des raisons diverses, ne souhaitaient pas qu’Iriscop voit le jour.

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Les propos et le franc-parler de Bernard vont bon train. Le temps se dilue et fini par se perdre entre histoire personnelle, souvenirs et pensées fugaces. Nos oreilles n’en perdent pas une miette.

Et qu’est-ce qui vous a aidé ?

D’abord le réseau Copéa, pour les aspects techniques et juridiques. Des élus locaux, et notamment Nathalie Manet-Carbonnière, ainsi que des personnes de notre entourage, comme Anna Matard ou Anne Leboucher, pour l’organisation de l’intelligence collective ou l’écriture de la charte. Ces implications ont été très aidantes.

Mais aussi, les sous de l’héritage : Au décès de ma mère, mon père a vendu la maison familiale. J’ai alors hérité d’une somme d’argent qui m’a permis de payer une partie des frais liés à la création d’Iriscop, alors qu’avec Cédric nous étions tous les deux au RSA.

On note au cours de ton parcours, professionnel et personnel, que le collectif – et même parfois la communauté –  ont une existence forte dans ta vie. Pourrais-tu nous retracer cette expérience ?

Jusqu’à l’adolescence, j’étais relativement seul. C’est après, à l’IUT que je me suis un peu explosé, en organisant des soirées étudiantes.

Pendant que je travaillais à l’Aérospatiale, j’ai vécu en communauté, dans une ferme. C’était une époque où on avait envie d’essayer ça, c’était un peu un délire. Et puis les loyers étaient chers. Ça a marché un an et demi, puis c’est monté crescendo jusqu’au clash final. C’est pas facile, on a beau être amis, chacun a son caractère. Ça n’empêche pas qu’on est restés amis, pour la plupart.

L’envie de vivre en communauté, c’était une sorte de rêve, mais c’est très difficile. On ne peut pas gérer les émotions des gens, les caractères. Ça ne se gère pas ça.

Puis, il y a eu le syndicalisme. Mon père était délégué à la CFDT au Port de Marseille. Ce qui était très courageux, parce que le Port de Marseille était complètement noyauté par la CGT communiste. Mais il était courageux, et il a toujours été respecté.

Quant à moi, j’avais aussi des convictions. J’avais envie que le monde soit meilleur, moins injuste, et je croyais que je pouvais y participer. Mais plus tard, j’ai décidé de ne plus changer le monde, parce que ça me rendait très agressif, je gueulais tous les jours, quand j’étais délégué. J’étais nerveux.

Comme je m’exprimais souvent auprès du délégué FO, il m’a dit « T’as qu’à venir, voir de l’intérieur ». Et j’ai vu de l’intérieur. C’est là que j’ai compris qu’on ne pouvait pas faire grand-chose. Et puis, dans ces grandes boites, les patrons des ressources humaines savent bien jouer. Si on devient un syndicat dérangeant, ils en favorisent un autre. Par exemple, FO a été favorisé pour casser la CGT. C’était l’époque de Coluche : « FO le syndicat qu’il vous faut » ! C’était cette époque là. Après mai 68, le patronat français a décidé de casser la CGT. À l’Aérospatiale, si tu étais à la CGT, tu n’avais plus aucune promo. Et si tu étais à FO tu avais un parcours de carrière tout tracé.
À l’aéroport de Marseille, tous les adhérents communistes de la CGT travaillaient dans une petite verrue, de l’autre côté des pistes, où ils avaient été regroupés. On avait surnommé cet endroit le Goulag. C’est comme ça que FO est devenu le premier syndicat de l’aérospatiale de Marseille.

Puis Mitterrand est arrivé, alors ils ont favorisé la CFDT. Et FO a été obligé de faire des concessions. Nos tracts étaient lus par le patron des ressources humaines : « ça tu le mets, ça tu le mets pas ». C’est dingue hein !? Mais c’est vrai. c’était ça ou voir les militants quitter FO pour la CFDT. C’est pour ça que je suis parti. C’était trop loin de mes idéaux.

Je suis parti aussi parce que les salariés t’envoient au carton quand tu es délégué, et quand tu te retournes : y a personne derrière toi, la peur domine. Et aussi, parce que j’ai compris que je gueulais parce que les choses ne se passaient pas comme moi je voulais, et qu’il était temps de m’appliquer à transformer cela en moi; le début du choix de mon orientation vers le Bouddhisme.

Quel lien peux-tu faire entre toutes ces expérience en collectif et l’Économie Sociale et Solidaire ?

Pour moi, la solidarité, ça ne peut être que collectif. Il n’y a que le collectif qui peut mener des réalisations qui ont du poids. Et puis, le social, ça fait partie de mes convictions profondes.

Quel avenir tu lui vois, à l’ESS ?

Je pense qu’elle fait son bout de chemin, mais il faut être patient. Les évolutions de conscience sont des mouvements très lents. Mais petit à petit, ça va s’ancrer dans la conscience collective. Peut-être grâce à l’éducation. Si ça entrait dans les parcours de l’Éducation Nationale, ça serait déjà une grande victoire.

Qu’est-ce qu’être un chef d’entreprise dans l’ESS pour toi ?

Pour moi, un chef d’entreprise de l’ESS doit essayer de faire vivre la démocratie participative. Il ne doit pas décider tout seul. Seulement ça c’est très dur parce qu’il doit aussi être capable d’entreprendre et d’être un chef. Un des coopérateurs d’Iriscop me disait toujours : «  Dans une entreprise il faut qu’il y en ait un qui décide. Il faut un chef, sinon ça ne marche pas ». Et il avait peut-être raison, mais alors…
Moi, j’ai essayé de faire vivre la démocratie participative. Ça entraîne parfois des temps de réactions beaucoup plus lents que si on décidait tout seul. Mais parfois, aussi, c’est beaucoup plus riche.

Un chef d’entreprise de l’ESS, il doit aussi savoir convaincre, ce que je n’ai pas toujours su faire. Ou alors il faut taper du poing sur la table, mais ce n’est plus de la démocratie.

C’est dur de gérer des coopératives, et notamment des CAE. Beaucoup de gérants ont fait des burn out. Ça demande beaucoup de boulot, il faut composer avec des tas d’associés, de composantes, de visions, tenir un cap. Ce n’est pas une entreprise au sens classique du terme, avec un patron qui décide et des salariés qui obéissent.

Et puis, il faut aussi gagner de l’argent. Même si, quand on a beaucoup de subventions, on peut toujours remettre à plus tard les stratégies de développement économique. Mais ça risque de ne pas toujours durer.

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Côte de Jor. Site Natura 2000. On traverse les près pour rentrer.


Est-ce que l’ESS pour toi, c’est une forme de résistance ?

Non, pour moi, c’est plutôt une autre vision de l’idée d’entreprendre, et une autre façon d’aborder ce monde. Avec plus de valeurs humaines, et peut-être, si on s’en donne les moyens, plus de démocratie. C’est aussi un moyen : sans les associations, la France ne tournerait pas. Mais la plupart d’entre elles ne savent pas qu’elles font de l’ESS, qu’il existe des collectifs d’ESS, une chambre consulaire…

Qu’est-ce que résister pour toi, alors ?

Résister, ça me fait penser à Gandhi, qui a résisté en faisant des marches pour le sel, en brûlant sa carte d’appartenance anglaise, quitte à prendre des coups de bâton, et en allant jusqu’à la grève de la faim. Ça peut aller loin mais il faut avoir du courage. Du courage et des convictions. Je pense au Ché aussi, qui a résisté en faisant la guerre.

Ou alors en faisant des manifs, comme aujourd’hui ? Là aussi, il faut du courage avec des mecs comme Castaner. Et puis, y a résister et le résultat. Les Gilets Jaunes par exemple, ils ont résisté. Après on leur a fait le grand débat, la collecte des idées sur internet, dans les mairies, les cahiers de doléances et tout ça. Mais qu’est-ce qu’il en est sorti ?

Résister ? Oui, il faut du courage. De la conviction et du courage. C’est peut-être plus facile quand on n’a plus rien à perdre.

Qu’est ce qui pourrait être, pour toi, un territoire résistant ?

Pour moi ça serait un territoire qui s’autonomiserait au niveau de son énergie et de son alimentation. Mais il faudrait parvenir à l’organiser, parce qu’on est nombreux à résister dans notre coin. Le Plazacstan, ici, c’est un territoire résistant, mais c’est par petits points. À Valojoulx, par exemple, un couple s’est installé. Ils ont mis plusieurs hectares en production, ils ont ouvert un magasin à Montignac, en face du cinéma. Ça s’appelle La Ferme. À Montignac, y a quatre magasins de producteurs. C’est beaucoup pour un village comme ça. Mais voilà, c’est des petits points.

Et je crois que les élus ne se rendent pas encore suffisamment compte. À part, quelques élus locaux, je pense à Nathalie Manet-Carbonnière, à Valojoulx, qui cherche à agir et à sensibiliser, sur des sujets comme l’eau, par exemple, et les risques de pénuries vers lesquels nous allons. Un sujet sur lequel il faudra bien nous pencher.

Quand tu es autonome, tu fais ce que tu veux.

Alors voilà, pour moi, un territoire résistant, ça serait un territoire autonome. Parce que quand tu es autonome, tu fais ce que tu veux.


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5 commentaires sur “Bernard Bianchi, fondateur d’Iriscop | une vie en collectif

  1. AHHHH !!! Enfin un portrait digne d’intérêt.
    Un humble qui cherche la lumière …pour les autres. Le collectif, toujours le collectif, même lorsque ca devient plus compliqué que d’entreprendre seul. L’écueil du collectif étant le PFH (P….. de Facteur Humain).
    Beaucoup de qualificatif pourrait lui aller, mais je pense que Pugnacité défini assez bien Bernard BIANCHI : « qui est combatif, qui aime la discussion ». Il fallait être tout ca pour mener à bien cette création de coopérative. Ajoutez à cela une empathie et une mémoire incroyable et vous avez un cocktail permettant d’essayer de résoudre tous les problèmes se présentant, qu’ils soient administratifs, sociaux ou financiers.
    Belle expérience que de travailler à ses cotés !!!

    Merci à Line et François pour cette belle idée.

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  2. Bravo mon frérot ! Yes, le collectif, la mutualisation, la coopération, c’est l’avenir ! On est pareil là-dessus toi et moi 🙂 Moi je mène une association aussi, un collectif de femmes artistes et techniciennes qui défendent l’égalité entre les hommes et les femmes dans le spectacle vivant, en région Sud Paca : Eclosion13. Y’a du boulot dans ce domaine là aussi ! Et oui, ce sont les associations qui boulèguent notre pays, sans elles, ce serait le chaos…

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  3. pas du tout engagée dans ses combats et ses actions, mais sur le plan humain…
    un ami qui devient un frère,
    une force tranquille,
    toujours présent
    et c’est de moins en moins courant.

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